Un billet publié récemment sur le site
Buzz.Marketing.free.fr (Google Panda, la plus
importante campagne de marketing viral jamais lancée ?) pose une question
intéressante sur la part de mystère attachée à toute technologie.
Il est fait état du dernier développement de la firme
Google, un algorithme baptisé "Panda".
Internaute-roi ou internaute-esclave n'entrera pas dans le sujet technique, des
centaines de blogs et forums s'étant déjà acharnés à tenter de disséquer et de
comprendre cette modification chamboulant les positions des sites dans les
pages de résultats de Google.
Et justement, c'est bien là le plus paradoxal...
Le moteur de recherche Google a basé son algorithme sur l'analyse des
"backlinks" d'un site, c'est à dire les liens pointant vers
ses pages depuis d'autres sites. Cette révolution à son époque a permis
d'obtenir des classements basés sur la popularité des sites, selon le principe
qu'un site populaire est "bien"/"bon". Puis au fur et à mesure de l'évolution
de Google, une multitude d'autres critères sont entrés dans la danse : autorité
de l'émetteur du lien, ancienneté du nom de domaine, pondération du nombre de
liens par page, etc...
Ceci dit, alors qu'évoluait et montait en puissance la technologie de
classement et de positionnement de site mise au point par Google, son
entendement par les techniciens du web (webmasters, référenceurs)
diminuait.
Plutôt que de livrer des informations claires et détaillés sur le
fonctionnement de son algorithme, Google a commencé à communiquer sur les
bonnes pratiques à mettre en œuvre afin d'optimiser son référencement (par
Google). Il est bien entendu compréhensible que Google ait cherché à protéger
les rouages de son avantage technologique face aux autres acteurs de la
recherche sur internet. Mais ce qui semble "habituel" pour tout webmaster
depuis des années, au travers des guides, forums et recommandations publiés par
Google peut ressembler à un processus aliénant. Explications :
A l'origine d'internet, l'information. Sans information, sans page, sans
site, pas de moteur de recherche. Au fur et à mesure de la croissance du volume
d'information sur internet, le besoin de classer et de trouver les documents
s'est fait de plus en plus pressant puis exigeant. En proposant une recherche
rapide et simple, Google a répondu au bon moment à ce besoin. Puis son
ascension et son succès l'ont rapidement hissés en position de domination du
marché de la recherche sur le web. Les webmasters ont alors eu l'obligation de
creuser le fonctionnement de ce moteur afin de mieux positionner leurs sites,
en lisant les recommandations livrées par le firme elle-même puis en mettant en
application les directives qui y sont indiquées. A partir de là, les webmasters
se sont rendu dépendants, tout en prêtant allégeance à l'algorithme dont ils
facilitaient la tâche au travers de leurs "optimisations".
Le volume de données ne cessant de croître, le phénomène s'est doublement
accentué : d'un côté Google conforte son monopole et finit de convertir les
derniers webmasters réfractaires ou ignorants à sa technologie, de l'autre tous
les webmasters déjà pro-Google affinent leurs pages et se livrent une
concurrence acharnée. En effet, si tout le monde fait "ce qu'il faut comme
il faut", comment départager les bons soldats ? A cette question,
l'algorithme fournit toujours des réponses, proposant toujours un critère ou un
paramètre jusque-là resté dans l'ombre. Et à la lumière de ce nouvel éclairage
("bien sûr, le linkjuice d'une page A vers une page B est d'autant plus
délayé qu'il y a de liens nofollow"), les webmasters rentrent dans le rang
en discutant longuement et en débattant sur internet, alimentant le mythe et
renforçant le lien avec Google (principalement en épluchant les guides et
forums pour webmasters proposés par Google, et en relayant leur compréhension
et leur vision des énigmes sur leurs propres sites).
C'est ainsi un nouveau pan d'activité qui se créé, avec des spécialistes de
plus en plus... spécialisés et experts sur la question du référencement et du
positionnement dans Google. Là encore on retrouve un certain équilibre : la
majorité de ces spécialistes respectent à la lettre ce que recommande Google,
les autres tentent de tricher et détourner des méthodes "légales" pour parvenir
à mieux positionner leurs sites que leurs concurrents. L'analogie entre les
"white hat" (les "bons webmasters") et les "black
hats" ("les mauvais webmasters") a tôt fait de rencontrer un vif
succès parmi les communautés. Bien entendu, c'est encore un joyeux mélange des
deux (les "grey hats") qui a finit par stabiliser le microcosme. Les
Grey hats peuvent se définir de la sorte : ils écoutent les
conseils de Google mais ne les appliquent pas toujours et n'hésitent pas à
sortir des sentiers battus pour tester de nouvelles choses, potentiellement
interdites et répréhensibles.
La spécialisation est arrivée à son comble en 2010, qui a vu littéralement
exploser le nombre d'agences de référencement et le chiffre d'affaire
potentiellement réalisable dans la sphère internet. En effet, chaque
agence
de communication experte en référencement pouvait compter sur le mélange de
plusieurs techniques pour parvenir à faire mieux que ses concurrentes. Mais
sans jamais l'avouer. Si le black hat n'était pas officiellement dans la
structure, ses compétences étaient louées en sous-traitance...
Parmi ces compétences, l'exploitation du backlink (qui est, rappelons-le, la
clef de voûte de l'algorithme de Google) est la méthode la plus utilisée.
Si le lien est l'élément qui me permet d'être mieux positionné, alors créons
du lien avec d'autres sites, et au besoin, créons des sites qui feront des
liens ! La boucle étant ainsi bouclée. En appliquant ce principe, le webmaster
entre dans une mise en abyme : afin de positionner un site A, il crée un site B
qui a un lien vers A, mais B n'étant lui-même pas bien positionné, il faut
AUSSI chercher à le positionner, en créant par exemple un site C, qui parle de
B. Mais par contre, attention à ce que C ne parle pas de A, car le lien est
alors éventé, la relation devenant évidente pour le moteur de recherche qui
inhibe tout effet.
Ce principe a eu comme effet de démultiplier encore plus le nombre de site.
Une aubaine pour les vendeurs de noms de domaines, d'espace de stockage et
d'hébergement, pour les régies publicitaires, etc... Mais surtout pour Google,
seul moteur disposant d'une infrastructure assez puissante pour avaler le
volume toujours croissant de données. Puis les informaticiens ont réfléchi à
d'autres moyens de créer du lien (sans pour autant créer un site complet à
chaque fois) : les flux RSS, les sites d'agrégations, les sites de mash-ups
(mélanges de contenus) et autres fermes de contenus ont également connu leur
apogée en 2010.
En démultipliant ainsi le nombre de liens vers un site simplement en
utilisant d'autres méthodes, d'autres protocoles ou d'autres technologies, les
webmasters ont pu influencer un temps Google. Les réseaux sociaux ont également
contribué (et continuent) à influencer le positionnement d'un site, mais sur la
base du principe "un lien= un vote = un internaute" qui respecte relativement
le principe de base du lien. Multiplier les comptes sur les réseaux sociaux est
très chronophage et pas aussi automatisé que les méthodes décrites plus
haut.
Fin 2010, Google a annoncé qu'il allait s'attaquer au spam des pages de
résultats, fourni en premier lieu par les fermes de contenus et de liens.
Puisque Google considère comme "illégal" le fait d'acheter des espaces sur
d'autres sites afin d'y publier un lien dont le caractère mercantile ne serait
pas affiché, les sites de comparateurs de prix, d'avis, de reprise
d'information tombent sous le coup des re-diffuseurs de données.
Bref, après avoir longuement flatté à l'aide de ses outils gratuits puis
préparé le terrain auprès de ses principaux prescripteurs (webmasters,
fournisseurs de contenus, référenceurs et agences de communication et
marketing...), Google décide de faire le ménage parmi le volume de données
internet contenu dans ses datacenters. Bien entendu, pour le bien des
internautes en quête de résultats pertinents lorsqu'ils utilisent le moteur de
recherche le plus populaire. Mais également pour leur propre compte puisqu'ils
déclassent du même coup bon nombre de sites potentiellement concurrents, c'est
à dire proposant des systèmes de rémunération autres que Google
Adwords/Adsense. En renforçant sa présence segmentée sur les différents types
de média référencés (recherche universelle, google maps, google local business,
google images, google actualités, google buzz...) Google n'a clairement pas de
concurrent direct aussi performant. Avec Google Panda, la
société joue un match important : celui de re-distribuer toutes les cartes du
référencement à sa guise. La position de monopole de Google est ici flagrante,
car au lieu de faire chuter /disparaître les "mauvais sites" des classements,
Panda aurait pu tout aussi bien se voir proposé sous une forme moins brutale, à
l'aide d'indication textuelle par exemple jouxtant le lien (comme "probabilité
de spam").
Une bien belle leçon de marketing, qui pourrait se résumer par :
innovation (le moteur révolutionnaire et minimaliste),
séduction (des résultats impressionnants grâce à un algorithme
basé sur les backlinks, et à la force de frappe de ses datacenters),
influence (les guides pour webmasters afin de leur permettre
d'améliorer le positionnement de leurs sites), manipulation
(imposer une censure des résultats basée sur le constat subjectif que les
fermes de contenus n'apportent rien aux internautes) ?